• L’innovation en cybersécurité : penser un futur numérique réussi
  • Jean Larroumets, président et co-fondateur EGERIE

    Beaucoup se projette dans le monde d’après… et ce futur sera plus encore bouleversé par le numérique que notre présent ne l’est déjà… C’est dire l’aventure enthousiasmante qui se profile devant nous !

    Si l’on se plaît à imaginer les taxis volants écologiques se déployer dans le ciel français lors des JO 2024, ou la chance offerte à tous d’accéder aux soins médicaux de pointe dans la salle d’opération 2030 associant robotique, lunette à réalité augmentée, impression 3D et intelligence artificielle pour une chirurgie mini-invasive, le numérique nous rappelle aussi que toute force représente une faiblesse ; toute solution, une menace potentielle.

    Le numérique est un atout formidable que nous devons soutenir et développer, en lui apportant une brique essentielle de sécurité, pour qu’il tienne toutes ses promesses.
    Innover pour penser et construire le monde de demain implique que les acteurs de la cybersécurité innovent à leur tour pour assurer la sécurité de ces concepts disruptifs qui feront notre quotidien dans un avenir plus ou moins proche.

  • La force vive

    L’innovation est portée par des femmes et des hommes. Innover en cyber implique d’investir en priorité dans le capital humain. Former et préparer nos talents de demain est essentiel. C’est une nécessité absolue si nous voulons être en capacité de relever les défis qui nous font face et de tracer le monde dans lequel nous souhaitons vivre et transmettre aux générations futures.
    Nous devons sensibiliser les jeunes, séduire les étudiants et les aider à comprendre le monde qui les entoure. Ces étapes sont déterminantes pour inventer le monde d’après. Innover oblige à se projeter, à se challenger, à prendre des risques et à s’adapter continuellement. C’est un état d’esprit avant tout qui se cultive et se partage.

  • Confiance

    Toutes ces innovations vont bouleverser notre quotidien. Et la nouveauté suscite autant d’intérêt que de défiance. Il nous incombe alors la grande responsabilité de porter une innovation transparente. Une cybersécurité innovante sera l’un des piliers et des garants de cette confiance qui favorisera l’acceptation et donc l’adoption des nouveaux outils, de nouvelles solutions et permettra le développement de nouveaux usages.

    La cybersécurité se conjugue déjà au temps de la 5G, des algorithmes et très bientôt de l’intelligence artificielle et du quantique. Elle doit donc s’appuyer sur des valeurs éthiques fortes portées et partagées en Europe, notamment autour de la donnée, son utilisation et sa protection. Sur ces questions, l’Europe est très investie. Nous devons capitaliser sur cette vision et cette approche qui nous différencie.

    L’humain prend alors, une nouvelle fois, toute sa place car c’est à lui que revient de penser des algorithmes et des logiciels innovants et éthiques pour demain. La technologie de demain dépend de ce que l’homme en fera. Ethique by design, éthique des usages et éthique sociétale devront guider l’innovation cyber de demain.

  • Financement

    En parallèle du capital humain, l’innovation et en particulier l’innovation de rupture nécessite des investissements en recherche et développement. Si nous voulons atteindre nos ambitions et faire de la France un territoire de cybersécurité et de l’Europe une troisième voie, alors, nous devons nous donner les moyens d’y parvenir.
    Ces financements doivent irriguer le réseau des PME qui portent en leur cœur ces capacités d’innovation et d’agilité. Il faut également penser la cyber de demain sous le prisme de la coopération et de la co-création. Le tissu français est riche et dense, mais aussi trop éclaté. Il nous faut donc nous rapprocher pour co-innover. Sans cela, nous finirons par nous asphyxier entre pairs.

    Le rapprochement s’entend évidemment entre start-up, PME et grands groupes. Chacun représente un maillon de la chaine qui nous permettra d’atteindre nos objectifs collectifs. Si nos start-up et PME portent l’innovation, elles ont besoin de la puissance et de la force des grands groupes pour passer à l’échelle et adresser des marchés structurants.

    Le Campus Cyber qui devrait voir le jour dès 2021 sur le sol national est alors une opportunité de grande valeur. Avec l’objectif de définir un nouveau centre de gravité de la sécurité et de la confiance numériques en France et en Europe en fédérant et rassemblant start-up, PME, industriels de la cybersécurité et du numérique, services de l’Etat, laboratoires de recherche, utilisateurs, acteurs de la formation, capital-risque, ce projet arrive à point nommé.

    Alors que ce Campus national pourrait donner lieu à des initiatives complémentaires en région afin de capitaliser sur les forces des territoires que compte la France, il confortera l’ambition française pour renforcer le rôle et la souveraineté de l’Europe en matière de cybersécurité. Il va concrètement favoriser le partage et l’émergence de solutions innovantes co-créées à tous les niveaux.

  • Une approche qui a fait ses preuves

    Israël, qui ambitionne de devenir le leader mondial en sécurité informatique selon les propres mots de son Premier ministre Benjamin Netanyahu, n’a pas hésité à investir massivement dans le capital humain, et à créer l’écosystème Cyber Net qui agit comme une sorte de « réseau social » connectant des agences gouvernementales et des entreprises privées. Des régulations sont nécessaires mais Israël entend faire preuve de souplesse sur ce sujet: « Nous ne devons pas étouffer le secteur avec une régulation excessive. » a notamment déclaré Benjamin Netanyahu.

    Selon les chiffres annoncés par le gouvernement israélien, sur le premier semestre 2019, 40 entreprises israéliennes de sécurité informatique ont levé un total de 850 millions de dollars, à comparer au total de 1,1 milliard de dollars en 2018. Sur la même période, elles ont enregistré sept sorties pour un total d’1,5 milliard de dollars.

    Les Etats-Unis ont consacré l'an passé 29 milliards de dollars de leur budget fédéral à la cyber. En Europe, ce montant, calculé en cumulant les investissements de chacun des pays membres, est estimé à 3 milliards d'euros. Le manque manifeste d'investissements dans les technologies cyber européennes est réel, ce qui pèse incontestablement sur nos capacités d’innovation et donc notre souveraineté et notre autonomie stratégique. Il est donc temps d’agir et de prendre les mesures adaptées à la réalité de la révolution numérique.

    L’innovation technologique numérique est un facteur de création de richesses et permet de concevoir de nouvelles solutions pour le développement durable, une économie plus collaborative et des modèles de société plus inclusifs. Ainsi, l’innovation cyber au service d’un développement numérique de confiance pourrait être l’occasion de donner du sens à un futur prometteur et porteur !